Michel Touchestone

Romans et articles

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« Hell is empty
And all the devils are here »
« L’enfer n’est que désert,
Car c’est ici, sur terre,
Que sont tous les démons »
William Shakespeare, La tempête

Bienvenue sur le blog de Michel Touchestone et découvrez son premier roman une histoire de migrants Maliens inspirée de faits réels.

Quand Mamadou et Djibril arrivèrent chez Éva et Némo, leur sac plastique à la main, rempli de quelques affaires récupérées de ça et de là qui en disaient long surleur parcours, le couple était loin d’imaginer les murs qui allaient se dresser face à eux pour obtenir une régularisation de ces deux jeunes Maliens.

Dans un monde de fiction, ou pas, avec un style jouant entre le récit romancé et le témoignage, Michel Touchestone nous fait plonger dans une France où être étranger, musulman en plus, fait de vous un paria qu’il faut au mieux réduire à la clandestinité, au pire renvoyer à des lieux qu’il a cherché à fuir.

C’est l’histoire d’une lutte pour deux jeunes Maliens et, au-delà, pour la régularisation des sans-papiers. Bien au delà de cette lutte, c’est une histoire qui nous amène sur les chemins de la colonisation, du traitement des migrant-es en France, du racisme, de la fascisation de nos sociétés, de la répression des militants et militantes des droits humains, des injustices.

Michel Touchestone nous ouvre un ensemble de portes pour comprendre ces dérives dans ce pays qui se veut le phare des Droits Humains.

Mais, c’est aussi une histoire de fraternité avec ceux et celles qui croient toujours en la simplicité de valeurs comme la solidarité et la fraternité. C’est enfin, dans cette lutte, une histoire d’amour qui cimenta la force d’une famille d’accueil.

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1.
Le 14 juillet 2018, Alain Michon – ses ancêtres étaient charcutiers – président de la République Française nouvellement réélu reçut sur le perron de l’Élysée Murène La Fen qu’il venait de nommer Première ministre. À la suite de l’insurrection des Gilets Jaunes qui avait fait trembler le pouvoir, la réponse du chef de l’exécutif, dans un geste très gaullien, avait été de démissionner pour se faire réélire sur la promesse d’un gouvernement d’Union Nationale. La tête de l’État et sa nouvelle Première ministre s’apprêtaient à suivre, côte à côte, le défilé de nos armées pour la fête nationale.
À la tête du cortège militaire, le général de Vilains et sa clique d’officiers qui un an auparavant avait envisagé un coup d’État si la France ne changeait pas de stratégie et continuait à s’entêter dans sa politique décadente. Annonce qui encouragea le président à réorienter sa politique. Toute la puissance militaire du pays défilait au pas de l’oie entre les dernières technologies d’assaut et les armes nucléaires exposées fièrement. Dans le ciel bleu azur, les derniers Rafales construits sur les chaînes des usines Rassault, entamaient un ballet aérien aux couleurs bleu, blanc, rouge.

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Trônant sur une tribune d’honneur, le président salua d’un geste de la main les forces armées. En réponse, toutes les têtes dégarnies des soldats pivotèrent vers la droite lors de leur passage devant la tribune présidentielle. Des milliers de Français sur le parcours
acclamèrent nos forces spéciales de retour, pour le défilé, des pays d’Afrique en proie au terrorisme islamique.
Le matin de cette historique journée la police avait contrôlé une grande partie des appartements parisiens afin que tous les résidents se rendent au défilé. Des milliers de drapeaux bleu/blanc/rouge avaient été distribués à l’assistance. Les enfants agitaient frénétiquement leur fanion sous la surveillance de parents admiratifs devant tant de puissance. La journée s’annonçait chaude et l’enthousiasme dépassait les prévisions présidentielles, d’autant plus qu’un Français venait de gagner l’étape reine du Tour de France. À 14 heures précises, le général de Vilains déclama un discours rédigé par le grand historien et polémiste français qui venait de recevoir le prix Goncourt, Erlich Zémor. L’avenir semblait tellement radieux que le Président Michon, tel le marin découvrant une nouvelle terre, se permit de faire une bise à sa nouvelle Première ministre sous le regard jaloux, mais complice, de son épouse Birgit. Il faut dire que pendant trois mois la France avait fonctionné sans gouvernement.
En mai s’étaient déroulées les élections présidentielles donnant au deuxième tour 50,01 % des suffrages exprimés pour Michon, le président sortant, et 49,99 % pour La Fen. La campagne électorale avait été cordiale, les deux candidats partageant un grand nombre d’idées communes, notamment sur la grandeur de la France et de la civilisation européenne.
Les trois mois de latence correspondaient au temps nécessaire qu’il avait fallu déployer pour mater la résistance des quelques opposants.
Dans la rue, la police avait pratiquement les pleins pouvoirs et quelques leaders politiques comme Malenchon, Bisancenot ou Pitou furent incarcérés à la prison de Vincennes pour troubles à l’ordre public. Les affrontements furent plus violents avec les manifestants et manifestantes et beaucoup furent blessés, arrêtés. Anarchistes, autonomes, anticapitalistes, écologistes radicaux, communistes sincères,Gilets Jaunes toujours résistants, syndicalistes… Tout ce que la France comptait comme forces antifascistes dut faire face à une violente répression. Quelques-uns disparurent sans laisser de trace…
Le gouvernement réfléchissait à la proposition de l’État-Major des armées de tirer à balles réelles sur les manifestants trop radicaux.
La police put compter durant ces quelques mois de nettoyage sur des troupes supplétives avec les partis d’extrême droite qui, dès le lendemain de l’élection présidentielle, avaient obtenu l’autorisation par décret de s’organiser en milice. Nationalistes, identitaires, royalistes, nationaux-socialistes et autres suprémacistes et complotistes pouvaient enfin vomir toute leur haine, notamment dans les quartiers peuplés de migrant-es ou de Français ne correspondant pas à leur définition raciale.
La fin de la journée du 14 juillet fut consacrée à la mise en place du gouvernement et à la rédaction des premières mesures. Des ministres ayant fait leurs preuves lors du premier quinquennat conservèrent leur poste.
Bloker le ministre de l’Éducation Nationale qui avait mené, tel le terrassier sur son chantier de démolition, sa réforme de démantèlement de l’école publique, retrouva sa fonction. Seul le nom de son ministère changea pour un retour à celui d’Instruction Publique à laquelle on rajouta « et de la Moralité ».
Durtarin, relaxé par la justice pour les accusations de viol, accepta d’être le plus important des ministres avec ce qu’il connaissait le mieux : l’intérieur, qui devint Ministère des Polices et des Milices.
Il fut assisté de Jordan Bordella, numéro deux du parti Bleu/Blanc/Rouge de Murène La Fen pour les questions d’immigration. Il avait accepté assez difficilement ce secrétariat d’État, n’ayant pas digéré la remarque de son ministre de tutelle qui avait qualifié de « mou » le parti de la Première ministre sur les questions de sécurité et de politique migratoire lors du premier quinquennat du président.
Aujourd’hui la querelle était oubliée et le ministre et son secrétaire d’État étaient sur la même ligne, celle des discours de Zémor : tolérance zéro en matière d’immigration.
L’écrivain Zémor, sur la liste des futurs nobélisables en littérature, obtint le poste de ministre de la Culture et des Églises Chrétiennes.
De Vilains fut nommé au ministère de la Défense. Celui-ci reprit son vieux nom de ministère de la Guerre. On y rajouta un secrétaire d’État pour les armes nucléaires, poste qu’accepta sans sourciller l’ancien Premier ministre Falls.
Les vieux présidents Sourkazy et Halonde furent nommés comme Grands Sages à qui on demandait de valider de leurs expériences les futurs décrets. Signatures qu’il fut difficile de faire lâcher à Halonde.
Le reste du gouvernement fut composé de vieux cadres du parti de Murène La Fen, de grands patrons, et de quelques communistes et membres égarés du parti de Malenchon. On peut aussi remarquer la nomination du grand professeur Didier Graoult à la santé et du chanteur Francis Le Lanne à l’agriculture et Alain de Beroist aux médias. C’est d’ailleurs ce dernier qui, avec l’écrivain Zémor, inspira les premières mesures de ce gouvernement.
Ainsi naquit le 14 juillet 2018 le premier gouvernement d’Union Nationale depuis 1914. Pour éviter toute confusion, on lui donna le nom d’Union Patriotique. Le 15 juillet 2018, partout en France des rassemblements de dizaines de milliers de personnes accueillirent sous une foison de drapeaux bleu/blanc/rouge ce nouveau gouvernement. Comme pour le 14 juillet ce fut un Français qui remporta l’étape du jour au Tour de France.
La tâche immédiate du duo à la tête de l’État, en plein état de grâce, était d’appliquer un programme national révolutionnaire tout en gardant pour un temps un semblant de démocratie.

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