Michel Touchestone

Introduction

La hiérarchie des normes :

L’égalité devant la loi

La séparation des pouvoirs

« Donc, c’est très souvent l’administration qui durcit de sa propre initiative la rigueur répressive à l’encontre des étrangers, et que la loi finit par avaliser. »

L’inégalité de traitement fondée sur l’origine existe bel et bien en France, et chacun peut utiliser le terme qu’il souhaite pour la qualifier. Cette différence de traitement est également reconnue dans le Rapport sur l’enquête concernant la France menée au titre de l’article 13 du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant établissant une procédure de présentation de communications.(p 9) Convention relative aux droits de l’enfant

Au-delà des objectifs que ces institutions cherchent à dissimuler plus ou moins clairement — c’est-à-dire l’expulsion des exilé·es (dans le langage administratif, on parle de « reconduite à la frontière ») — ces situations révèlent, pour celles et ceux qui les ont vécues, d’autres problématiques : du racisme d’État à la maltraitance administrative. Bien sûr, pour les militant·es des droits humains, cela n’a rien de nouveau… à le dire ! En revanche, ce qui présente une grande complexité est de le démontrer, en décortiquant point par point, ligne par ligne, les irrégularités, manipulations et mensonges.

Un travail approfondi d’analyse des documents en notre possession, de recherches sur les législations maliennes, ainsi que sur des rapports internationaux et français, a nécessité plus de trois ans.

Il a fallu aussi consulter de nombreux jugements de tribunaux administratifs, de cours d’appels et du conseil d’état. Essentiellement pour les Maliens et Maliennes ce fut un long travail de recherche ( environ 160 ont été consultés ) mais aussi de tri ( environ une trentaine donne raison aux requérant-es ). Cette analyse de arrêts a permis de comprendre des sources auxquelles nous n’avions pas accès comme la base IDAFO qui sert aux experts de la police pour les expertises des actes d’état civil. En effet, dans ce cas là, on retrouve dans les jugements des cours administratives en accès libre les conclusions de leurs analyses. ( voir partie IDAFO)

Surtout ces jugements montrent ( nous aurons largement l’occasion de l’évoquer ) que des situations qui se ressemblent en tous points, voire exactement identiques peuvent avoir des conclusions complétement opposées !

L’idée de « soi-disant faux » pour remettre en cause la minorité des exilé·es constitue très souvent le seul argument pour les OQTF. Même si le travail des expert·es en falsification peut être très rigoureux, des erreurs existent néanmoins (un des avocat·es de la préfecture l’a même reconnu lors d’une audience devant le juge des Libertés et de la Détention pour l’un des deux jeunes), ainsi que des interprétations fortement orientées et des procédures loin d’être respectées… Jamais ces mêmes expert·es ne s’interrogent sur le « pourquoi », concluant presque systématiquement que le document est faux ou contrefait. Ne les accablons pas : iels font simplement leur travail.

Cette lutte a donc permis d’appréhender de près le fonctionnement de cette justice : justice des riches, justice des pauvres (par exemple, l’aide juridictionnelle en Conseil d’État n’est pas automatique selon les revenus), justice des personnes blanches et justice des personnes racisées. Les juges administratifs ne sont souvent que très superficiellement au courant des affaires qu’ils jugent ; les jugements reprennent trop souvent, mot pour mot, les déclarations des préfectures sans vérification des sources… d’où de nombreuses erreurs.

Tout cela pourrait n’être qu’un dysfonctionnement mineur de nos services publics si, au final, il n’y avait pas en jeu l’avenir et la survie de milliers de jeunes menacé·es.

QU’EST CE QU’UNE FRONTIÈRE ?

Nous n’allons pas proposer un exposé sur le concept de frontière, pourtant c’est elle qui est à l’origine de tous les problèmes liés aux migrant-es. Le sens que nous lui donnons est l’héritage du XVIII et XIX e avec les constructions des états nations. Alors qu’elle fut longtemps une zone d’échanges de toutes sortes elle devient la barrière délimitant un territoire avec une population clairement défini. La frontière est depuis un concept d’enfermement qui a produit les définitions juridiques, territoriales, nationales…. C’est une conception occidentale que les pays colonisateurs au moment des décolonisations ce sont empressés d’infliger à des pays, comme en Afrique, qui n’en n’avaient aucun sens.

Ainsi en Bambara qui est une des nombreuses langues du Mali , et celle d’un des jeunes que nous avons accueilli, c’est le même terme qui désigne les« étranger » et « hôte ». Il s’agit du mot « dunan ». Pour les Bambaras n’est pas une personne extérieure à une communauté il est perçut comme un invité à qui l’on doit l’hospitalité.

L’auteur de mémoire est en accord avec cette conception et milite pour un monde sans frontières et une liberté de circulation.