Michel Touchestone

B.des évaluations normalement encadrées

L’apparence physique, la cohérence du discours, le comportement sont les principaux éléments pris en compte par les évaluateurs. Le document de référence des évaluateurs des ASE est le « guide des bonnes pratiques en matière d’évaluation de la minorité »

https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/guide-de-bonnes-pratiques-en-matiere-d-evaluation-de-la_minorite-et-de-l-isolement.pdf

Mais aussi :

Arrêté du 17 novembre 2016 pris en application du décret n° 2016-840 du 24 juin 2016 relatif aux modalités de l’évaluation des mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille – Légifrance (legifrance.gouv.fr))

« Ils donnent un cadre et des consignes pour les évaluations. La lecture des rapports d’évaluation, ainsi que les rencontres avec les MNA, ici et ailleurs en France, montrent qu’un nombre important d’évaluateurs ont oublié les fondamentaux de leur travail. »

On peut lire dans ce guide :

Cette partie sur les fondamentaux d’une évaluation est reprise dans le bulletin officiel du ministère de la justice avec la circulaire du 31 mai 2013 relative aux modalités de prise en charge des jeunes isolés étrangers.https://www.legifrance.gouv.fr/circulaire/id

C’est aussi ce que rappelle le rapport d’Octobre 2025 : « Rapport sur l’enquête concernant la France menée au titre de l’article 13 du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant établissant une procédure de présentation de communications » Convention relative aux droits de l’enfant

Qu’il s’agit de la lecture des fiches d’évaluation du département 43 (mais aussi de celles citées dans différents rapports – voir annexe : les sources) ou des témoignages des jeunes mineur·e·s, aucune des conditions d’une évaluation minimale correcte n’est prise en compte, comme nous allons le montrer. Des données sur le plan physique, comportemental, ainsi que sur la compréhension des parcours et de la culture… Ces évaluations sont parfois en totale contradiction avec le guide, mais aussi avec les textes officiels. En plus de reproduire des stéréotypes et de manquer de bienveillance, elles comportent de nombreuses erreurs dues au manque de rigueur de l’évaluateur ou de l’évaluatrice, qui ne vérifie pas, par totale méconnaissance ou par paresse, un minimum de la culture et des parcours de ces jeunes. En ce sens, on ne devrait pas pouvoir, dans un cadre purement légal, les prendre en compte. Pourtant, ce sont elles qui servent aux services départementaux à mettre en place un premier tri et aux préfectures et tribunaux à justifier des exclusions.

Ainsi, toutes les évaluations consultées dans le département 43 ne dépassent jamais une heure ! Ce qui ne pourrait être qu’un cas particulier semble être une généralité.

(Voir l’étude : « Soyez cohérent, jeune homme ! » dans revue française de sciences politiques 2018/1 (vol 68) p. 31 à 52, éditions presse de sciences politiques, qui concerne Paris),

https://shs.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2018-1-page-31?lang=fr

mais aussi le rapport Minas « Dans l’intérêt supérieur de qui ? » Corentin Bailleul et Daniel Sénovilla Hernandez

https://hal.science/hal-01337126

ainsi que pour la Haute-Loire la contribution de RESF 43).

C.Bailleul et D.Senovilla-Hernandez (dans l’intérêt supérieur de qui ? ) montrent que dans tous les départements les évaluations ne dépassent jamais une heure et précisent que :

Ou Karine Parrot (ouvrage cité)

Ce travail complétement bâclé n’est pas propre à un département puisque  » le Rapport sur l’enquête concernant la France menée au titre de l’article 13 du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant établissant une procédure de présentation de communications » Convention relative aux droits de l’enfant le confirme :

De plus, il est recommandé d’effectuer plusieurs évaluations. En effet, la fréquence des évaluations permet de déterminer plus facilement la cohérence d’un discours. Certain·es départements peuvent en pratiquer deux, voire trois, mais nombre d’entre eux, comme la Haute-Loire, n’en réalisent qu’une seule. La mission d’évaluation du dispositif d’accueil des mineur·es isolé·es étranger·es préconise plusieurs évaluations (cf. annexe I). Son rapport date de 2014 ! Et la Haute-Loire ne semble pas l’avoir consulté. Il relevait déjà le cas de la région Auvergne à cette date :

« D’autre part, même consolidé au niveau régional, le nombre d’entretiens réalisés dans certaines régions de petite taille peut se révéler faible (par exemple en Basse-Normandie, Limousin et Auvergne) » (rapport MIE, p. 55).

Malgré des alertes lancées par de nombreuses associations de défense des exilé·es sur ces questions, des enquêtes très sérieuses sur le traitement par les ASE de ces jeunes garçons et filles, le travail au rabais d’évaluateur·ices ne semble inquiéter ni l’opinion publique, ni les médias. Même dans la médiatisation, le cas des MNA est abordé différemment, avec une plus grande invisibilisation de ce qu’iel·les doivent supporter.