Michel Touchestone

conclusion

L’auteur de ce document n’est pas magistrat, ni avocat et n’a aucune prétention dans ce domaine, il remarque juste que par trois fois les autorités maliennes ont confirmé l’identité de D et de S, que des jugements de TA et de CCA donnent raison aux requérants sur exactement les « anomalies » relevées dans les actes de S et D, que toutes les anomalies ont une explication qui ne relèvent pas du faux comme le montrent les nombreux rapports dont les sources sont indiscutables ! Il est aussi évident pour l’auteur de ce travail et sa compagne que l’acharnement de la préfecture sur les deux jeunes n’est pas étranger à leur engagement derrière S et D. Il faut faire payer les exilé-es de leur impudence à venir en France pour flatter un électorat de plus en plus raciste, mais il faut aussi écraser les militant-es pour leur dévouement à une cause humaine, qui sommes toutes n’est qu’un des piliers des  » valeurs de notre république » tant avancées par ceux et celles devenu-es spécialistes des mises à la porte mortifères !

Pour S de nouveaux documents ont été demandés. Ces derniers sont authentifiés par le Tribunal de Grande Instance de Bamako et le Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération. Un mail provenant de la mission Malienne auprès de l’ONU à Genève (en notre possession) confirme clairement que cette demande d’authentification est la bonne procédure ! Ce qui correspond au point 14 de la décision de la défenseure des Droits n° 2023-254 (cité plus haut).

Une copie de ces nouveaux actes a été donnée à la préfecture. Voilà ce que cette dernière reprend dans son mémoire en défense à leur propos :


Commençant un peu à maitriser l »état civil malien ; remarquons que ces remarques sont faites par un agent de la préfecture sans expertise de la PAF, ignorant tout de l’état civil du Mali et de l’organisation territoriale du pays. A tel point que l’on peut se questionner sur son niveau de lecture puisque le jugement est bien inscrit ! L’absence de numéro NINA est largement expliqué, confirmé par des jugements de TA et CCA et par la défenseur des droits dans ce mémoire et qu’il est normal d’avoir le cachet de Karakoro puisque c’est la commune dont dépend Bountinguisse ( cf partie l’acte ne serait pas signé par la bonne personne !). Qu’il a été largement expliqué dans les mémoires des avocats que la Code de la Famille et des Personnes permettait d’avoir un nouveau volet 3 et surtout que pour ces derniers documents S a fourni une Grosse de Jugement qui authentifie son acte de naissance après enquête et rend la décision exécutoire.

Malgré les remarques de l’avocat du requérant la cour d’appel gobe la chose aussi bien qu’un œuf à la coque.




Que retient la Cour d’Appel de ces remarques ?

On se demande bien qui dysfonctionne ! En effet la cour d’appel reprend intégralement les arguments de la préfecture alors que les papiers n’ont pas été expertisés !

Elle omet de préciser que les documents ont été authentifiés (l’avocat de S le mentionne dans son mémoire) mais que la préfecture ne le signale jamais ! Tous les arguments repris par la Cour d’Appel sont ceux de la préfecture sans jamais aucune remarque sur les objections de l’avocat ! (cf toutes les pages ci-dessus). Ces informations ne relèvent pas de la pure spéculation puisqu’elles sont confirmées quelquefois par d’autres TA et par la défenseur des Droits (par ex pour l’absence de numéro NINA). Les magistrats ne doivent pas non plus regarder les documents puisque comme évoqué dans les parties précédentes les dates et les modalités sur le jugement sont bien indiquées et le domicile et la nationalité des parents ne sont pas demandées !

En fait, les jugements des TA et des CAA comme les expertises restent sur des interprétations littérales des diverses législations maliennes qui touchent à l’état civil. Comme il a été largement démontré elles n’existent que dans l’esprit de magistrats obsessionnels ! En revanche, l’exécutif dans ses politiques de chasse aux migrant-es a parfaitement compris quelles utilisations il pouvait en faire !

Par ailleurs nous rappelons à ce propos que S a toujours fourni les documents que lui réclamait la préfecture à savoir des documents officiels du Mali. Le Défenseur des Droits précise lui-même dans sa décision (décision 2020-081) toujours pour un cas similaire :

Bien sûr cette analyse peut être jugée comme partial parce qu’issue d’un travail de militant-es pour la cause des migrants. Néanmoins la somme de documents consultés, le temps passé à leur analyse (plus de deux ans) avec l’écriture en parallèle d’un roman/ témoignage tendraient à prouver le sérieux du travail. Il apparaît au travers du corpus de sources analysées, des textes maliens, internationaux et français que le doute systématique sur les documents d’état civil de jeunes ressortissants de certains pays n’est qu’un prétexte qui doit avoir pour corollaire des expertises qui ne peuvent pour certains pays, dont le Mali, qu’émettre des doutes sur l’état civil et abuser du stéréotype du faussaire systématique et des filières de faux papiers. Même, si des faux circulent (et il faudrait réfléchir aussi à cette question !), on ne sort pas d’un rapport de domination coloniale où, dans ce cas précis, il est incompréhensible que l’état civil Malien ne fonctionne pas aussi bien que le nôtre ! Les préfectures ont trouvé un moyen de disqualifier en soi-disant toute légalité (ce travail montre le contraire) ces jeunes qui ne demandent qu’un petit lieu pour vivre. C’est une chasse aux migrant-es totalement invisible qui se joue derrière des évaluateurs, des experts de plus en plus conditionnés au diktat de l’exécutif qui ne voit que des faussaires (d’où les conclusions des expertises), mais pire encore, des tribunaux dont une grande majorité a abandonné son rôle pour se ranger du côté des politiques migratoires.

Nous n’avons analysé que le cas du Mali, mais nous savons que c’est aussi le cas des papiers guinéens et d’autres. Il y a derrière cette invisibilité de l’expulsion un véritable scandale qui touche des milliers de personnes injustement expulsées et privées de toute identité. Je ne souhaite pas la lecture des mémoires en défense des préfectures, des jugements des TA, des CAA. C’est une souvent d’une extrême cruauté, d’une férocité à vous faire tomber les larmes et surtout ils sont une véritable entreprise de déshumanisation de l’Autre.

Et d’ailleurs que nous dit le « Rapport sur l’enquête concernant la France menée au titre de l’article 13 du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant établissant une procédure de présentation de communications:  » (p 15 et suivantes)