Michel Touchestone

Brève histoire du racisme

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Le document est un des documents iconographiques les plus célèbres représentant l’arrivée de Christophe Colomb sur des terres qui seront appelées Amériques. C’est une gravure œuvre de Théodore de Bry du XVI eme siècle. Cette gravure semble dénoncer la conquête de l’Amérique et notamment l’évangélisation catholique forcée. Ce qui n’est pas étonnant puisque Théodore de Bry est protestant réfugié à Strasbourg dans un contexte de luttes religieuses. Les premières bases de la colonisation au travers d’un proto-capitalisme apparaissent sur cette gravure

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En 1520/1521 l’espagnol Cortès entame la conquête de l’empire Aztèque. Quelques années c’est Pizarro qui se lance dans celle des Incas. Les amérindiens survivants sont réduits en esclavage aux mains des premiers colons dans les plantations et surtout les mines.

Avant 1492, les historien-nes donnent une fourchette de 30 à 60 millions d’amérindiens en Amérique du Sud. Au milieu du XVII eme siècle la population serait tombée à moins de 4 millions d’habitant-es ! Ce sont les effets des guerres et des massacres des conquistadors, du travail forcé, mais aussi des épidémies apportées par les colons qui ne connaissaient pas les peuples amérindiens ( ex : la grippe). Enfin, la conquête a aussi complétement détruit les cultures Aztèques, Incas et autres. Si on utilise un vocabulaire contemporain on peut parler d’un génocide.

Au XVI eme siècle débute la colonisation de ce qui deviendra les Etats-Unis. Avant l’arrivée la population Amérindienne était estimée pour ce territoire à environ 50 millions de personnes. Avec la conquête de l’Ouest environ 90 % sont décimées. Il y a une véritable volonté d’éradiquer cette population et les survivants seront déportés dans des « réserves ». Rappelons donc que les États-Unis sont un pays fondé sur un génocide !

C’est donc face aux massacres perpétrés en Amérique du Sud qu’aura lieu cette conférence de Valladolid.

En 1550 a lieu en Espagne, à Valladolid un débat entre le dominicain Bartolomé de Las Casas et le théologien Juan Ginés de Sépulveda concernant les relations entre les Amérindiens et les colons espagnols. L’objet de cette controverse n’est pas de savoir si les Amérindiens sont des êtres humains, donc s’ils ont un âme, la question étant déjà tranché depuis 1537 et la bulle papale de Paul III  » Sublimis Deus » qui interdit l’esclavage des Amérindiens et la lettre du même pape  » Véritas Ipsas » qui affirme l’humanité et la liberté des peuples nouvellement découverts. Ces deux décisions papales n’auront aucun effet dans les colonies.
Le débat porte donc sur l’idée de savoir si les peuples Amérindiens sont, malgré leur humanité des  » esclaves naturels ». Les deux débatteurs s’appuient sur Aristote et son idée d »esclaves naturels » c’est à dire que certains et certaines sont des esclaves parce qu’en tant qu’individus ieles le seraient naturellement ou par une convention sociale et non parce qu’ieles seraient différent-es des  » Blancs ». S’ieles sont des « esclaves naturels » il serait possible de les soumettre par la force à l’autorité du colon. Pour Sépulveda ils sont des  » esclaves naturels » ce n’est pas le cas de Bartolomé de Las Casas. Les deux personnages vont débattre face à un collège d’intellectuels qu’ils devront convaincre et qui tranchera.

Bartolomé de Las Casas connaît bien les premières colonies et les amérindiens puisqu’il fit parti des premiers colons et participa pleinement en tant que tel au travail forcé des populations soumises. Face aux abus des colons il renonce en 1515 à ses terres et au travail forcé. En 1522 il tente de mettre en oeuvre une sorte de colonialisme plus  » humain » sur le littoral de l’actuel Venezuela. Il échouera dans cette tentative et rejoindra les Dominicains.
Les deux protagonistes sont en accord sur l’idée qu’il y a des âmes humaines supérieures aux autres et que les inférieures doivent se soumettre à l’autorité des supérieures. Tout comme les deux partagent la même idée à propos de la conversion. Le fond du débat tient surtout au fait de savoir s’il faut mener la domination et la conversion par la force ou non.
Les deux protagonistes se déclarent vainqueur et au final le roi, Charles Quint ne prend dans l’immédiat aucune décision. En effet s’il donnait raison à Sépulveda il reconnaitrait que les colons ne lui obéissent car les lois prises auparavant ne seraient pas respectées, mais, s’il donne raison à Las Casas il s’opposerait aux colons et remettrait en cause la colonisation.
Quelques années plus tard Charles Quint prendra quelques lois contre l’esclavage des Amérindiens ce qui fait dire que Las Casas est sorti vainqueur de ce débat, mais la suite de la colonisation va montrer que le sort des Amérindiens est le dernier des soucis des Européens. Mais si pour Las Casas il est possible de soumettre pacifiquement les Amérindiens il dit son contraire pour les  » Maures et les Arabes », même si à la fin de sa vie il regrettera ses propos.

Face à l’effroyable des populations la main d’œuvre va très vite manquée aux colons et les états colonisateurs pour y pallier mettent en place le commerce triangulaire

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Avec le commerce triangulaire, on parlait aussi de  » traite négrière », se met en place toute une organisation proto capitaliste qui repose sur l’exploitation d’esclaves déporté-es en masse d’Afrique. Du XVI eme au XVIII ce sont plus de 11 millions de personnes qui seront déplacées comme esclaves d’Afrique vers les Amériques auxquelles il faut en rajouter 17 millions comme esclaves à l’intérieur même de l’Afrique et vers l’Océan Indien. Au XVIII eme ce système connaît ses premières crises qui permettront les premières révoltes et les premières contestations en Europe. Au XIX eme ce système s’écroulera suite aux révoltes et aux abolitions dans les pays esclavagistes ( En France en 1848 ). Dés lors si les déportations d’esclaves prennent fin dans le cadre du commerce triangulaire d’autres formes d’exploitation seront mises en place.

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Les Noirs Africains deviennent une marchandise échangée comme n’importe quelle transaction. Avec ce commerce toute une organisation économique proto capitaliste se met en place :

  • les expéditions, environ 28 000 durant la traite, sont risquées et dangereuses et pour faire face à ces dangers de puissantes compagnies s’organisent afin de faire voyager des dizaines de bateaux ensemble. ( par exemple la Compagnie des Indes ). Des ports se spécialisent dans ce commerce, ainsi Nantes et Bordeaux connaissent un fort enrichissement, ou plutôt à partir du XVIII eme des industriels qui font reposer le dynamisme de leurs entreprises sur le marché des esclaves. En France pour n’en citer que quelques unes c’est AXA, La Banque de France, la caisse des dépôts, Cognac, Marie Brizard, les gâteaux nantais… ( voir : https://histoirecoloniale.net/la-traite-negriere-passe-occulte-par-les-entreprises-francaises/ ).
  • Si cette traite permis l’enrichissement de grandes familles d’aujourd’hui, elle est aussi au cœur de l’essor des villes portuaires avec les commerces

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Le bilan humain est très difficile à chiffrer et fait l’objet de nombreuses controverses mais on peut s’accorder sur les chiffres suivants :

  • environ 11 à 12 millions d’Africains ont été déportés vers les Amérique, auxquels il faut rajouter 17 millions avec l’esclavagisme intra Afrique et vers l’Asie
  • les victimes collatérales : ceux qui préfèrent mourir que d’être déportés, les morts pendants les transports avec des émeutes nombreuses, la cruauté gratuite des propriétaires, les enfants décédés car les parents ont été déportés…en moyenne pour un esclave vendu c’est quatre collatérales. Un chiffre de 100 millions peut être avancé : en 1500 l’Afrique représente 17% de la population mondiale pour 7 % en 1900.
  • C’est incontestable que l’Afrique a été vidé d’une partie de sa population contribuant à une catastrophe économique et culturelle. Dans les colonies les Noirs vont représenter jusqu’à 90 % de la population. Par exemple à St Domingue fin XVIII eme pour 546 835 habitants on a 27 717 Blancs, 21 800 Noirs libres et 495 528 esclaves. En Guadeloupe pour 108 705 habitants ce sont 13 969 Blancs, 3125 Noirs libres et 89 823 esclaves. En Guyane 14 338 habitants, 1307 Blancs, 494 Noirs libres et 10 748 esclaves.

D’après l’OIT ( Organisation Internationale du Travail) il y aurait dans le monde aujourd’hui 50 millions de personnes considérées en situation d’esclaves. Chiffre qui ne fait qu’augmenter. Officiellement tous les pays ont abandonné l’esclavage. Le dernier en date étant la Mauritanie en 1981. ( https://www.ilo.org/fr/resource/news/50-millions-de-personnes-dans-le-monde-sont-victimes-de-lesclavage-moderne ).

Qui sont les personnes réduites à l’état d’esclave ?

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Plus de la moitié sont des jeunes femmes soumises aux mariages forcés qui restent très fort dans certaines sociétés patriarcales.

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Le travail forcé est clairement défini dans les conventions internationales : voir OIT : https://www.ilo.org/fr/themes-0/travail-force-esclavage-moderne-et-traite-des-etres-humains/que-sont-le-travail-force-lesclavage-moderne-et-la-traite-des-etres-humains

On y trouve des enfants travaillant et des enfants soldats, des femmes adultes dans le cadre de la domesticité, la prostitution, l’exploitation des migrant-es lors de leurs parcours, dans de grands chantiers ex ; avec la coupe du monde de football au Qatar)….sans oublier les pays qui ont encore des camps de travail comme la Chine, la Russie…

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Aucun pays n’est épargné par cette pratique. En Asie ce sont surtout la Chine, l’Inde,le Pakistan, l’Ouzbekistan. En Afrique la Mauritanie, la Libye avec les migrant-es. En Europe la Russie, la Moldavie et l’Albanie. Même les pays les plus respectueux des droits connaissent ces pratiques : ainsi 100 cas d’esclavage ont été comptabilisé en Islande.

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En France cela concernerait plus de 130 000 personnes. Les chiffres sont très difficiles a évalué car c’est très souvent un esclavagisme invisibilisé avec une très forte proportion de femmes occupant des emplois domestiques chez des riches particuliers où dans des ambassades. Difficile à comptabiliser car pour la justice la ligne entre travailleurs exploités et travailleurs forcés est très vague. Pour le monde du travail les situations sont importantes dans les grandes exploitations agricoles avec les saisonniers, dans les autres secteurs ( BTP, Restauration…) ce sont très souvent des sans papiers. L’immense majorité étant des personnes racisées.

Citation du Manifeste de l’UCL