Michel Touchestone

5°)Erreurs de numérotation et autres erreurs.

1°)● Les expertises relèvent souvent des erreurs dans la numérotation des registres.

Ainsi nous avons pu lire pour celle de S.

Personnellement je n’ai pas trouvé le texte mentionnant que chaque registre devait comporter 50 pages. Soit ! Considérons cela comme la règle des registres.

Là aussi l’explication peut être liée au fait d’une mauvaise formation de l’officier de l’état civil, ou bien, comme signalé dans la partie sur les supports du fait que de nombreux centres d’état civil ne sont pas approvisionnés en registres !

Ce que tend à confirmer le document rapport de synthèse sur l’état des juridictions.

Rapport de synthèse sur l’état des juridictions

2°)● La date

Très souvent les expertises de la PAF que l’on retrouvent dans les jugements en TA précisent que la date de naissance doit être en toutes lettres et rajoutent dans leur analyse que cette dernière est écrite en chiffre. Effectivement c’est l’article 126 du Code de la famille. C’est une anomalie que l’on retrouve très souvent dans les expertises à la lecture des jugements en cours administratives. C’est aussi ce que nous avons pu lire pour les expertises des documents de D et de S. Seulement, quand on regarde les états civils des documents incriminés la date est bien écrite en lettre !

Si on reprend l’exemple d’un acte de naissance trouvé sur un internet on peut qu’il y a trois item où une date est demandée : le 1, le 20, le 25

Nous avons à nouveau, pour le cas des dates, un détournement de la réalité Malienne pour aller dans le sens d’un document faux ou contrefait.

Que dit le consulat du Mali à propos des dates :

Quand est-il réellement ? Tous les actes de naissance, dont ceux de D et S ont dans la rubrique 1 la date écrite en lettres ! parfois s’y rajoute les chiffres. Ce que conteste les experts et que reprennent benoitement la plupart des tribunaux c’est l’écriture en chiffre de la rubrique 20 et 25. Mais il suffit de regarder le document : en rubrique 20 il n’ y a pas la place pour une écriture en lettre ! et la rubrique est réservée à la date à laquelle l’officier a signé le document. Toutes les personnes qui signent un document en le datant le font en chiffre !

Heureusement quelques juges ( qui suivent les avocats des requérants), trop rares – ce qui tend à renforcer l’idée de la soumission de la justice aux politiques migratoires – ne tombent pas dans ce grossier piège.

  • Cour administrative d’appel de Toulouse N° 23TL01277, 30/01/2025

CA Toulouse

CAA44 Cour Administrative d’Appel de Nantes
22NT03165 2023-03-16

C’est aussi le cas dans l’arrêt de la cour d’appel de Rennes, n° RG 22/0526 ; cour d’appel de Paris n° RG 20/0225, Tribunal pour enfants de Paris, dossier L18/0160;
CAA de NANTES, 4ème chambre, 30/06/2023, 22NT02243 ou encore CAA de PARIS, 8ème chambre, 14/11/2022, 21PA05786

Tout les détails sont dans le document de comparaison des différentes décisions en cliquant sur le lien ci dessous.

comparaison décisions cours administratives




3°)●Ce sont exactement les mêmes remarques avec les abréviations

Nous avons pu lire dans l’expertise de D et d’autres avec les jugements des TA

Pour l’abréviation c’est seulement du « c » pour cercle dans « Doualé c/Kayes) ! . Pour S c’est « r » pour registre…

Là on est dans la déraison la plus totale ! nous avons pu lire un jugement de TA reconnaissant que le document était faux car l’officier d’état civil avait écrit « dintrict de Bamako » au lieu de « district de Bamako » !

Reprenons des documents déjà cités qui donnent clairement une explication.




On peut comprendre, sans trop forcer sur ses neurones qu’avec, d’un côté un état civil complexe avec le code de la famille, se rajoutant le code de procédure civile et celui des collectivités territoriales, (codes souvent indisponibles dans les centres d’état civil d’ailleurs) de l’autre des officiers d’état civil mal formés, souvent peu motivés…. que les erreurs et les maladresses soient fréquentes.

Comme pour les dates les cours administratives, pour la plupart, laissent passer l’anomalie comme une lettre à la poste. Signalons que certaines ne tombent pas dans le piège : CAA Douai 12 juin 2024 N° 23DA01155

4°)●Erreurs sur les noms des parents.

Dans les documents que nous avons pu consulter il n’est pas rare que les experts contestent les noms des parents ou leur orthographe.

Nous avons pu lire dans le premier dexpertise de D à propos de son acte de naissance

Puis répète la même chose à propos de l’extrait d’acte de naissance

Avec ce matériel très sophistiqué il semble évident aux analystes qu’il y aurait falsification sur le nom de sa mère ! Bien entendu argument vite mis en exergue dans le mémoire en défense du préfet.

Si la remarque des analystes s’appuyant sur de la « haute technologie » ne semble pas faire l’ombre d’un doute, la conclusion, elle semble beaucoup plus discutable et orientée vers le faux document. Nous n’avons nullement les compétences, ni le matériel pour analyser ces documents. En revanche, d’affirmer qu’il ne peut s’agir d’une correction car le stylo est différent est hasardeux de leur part. S’il y a eu une faute dans le nom de sa mère (très probable au vu de ce que nous avons montré sur l’état civil), il a pu être corrigé et réécrit plus tard quand le besoin s’est fait sentir. Il n’y a rien d’anormal d’avoir un autre stylo ! Le papier de l’acte de naissance est de mauvaise qualité (ce n’est pas du Clairfontaine!), le nom gommé a abrasé le support et le stylo qui a servi à remplir le formulaire n’a pas permis la réécriture, d’où un autre stylo. C’est peut-être tiré par les cheveux comme explication, néanmoins nous avons essayé et avec certains stylos on ne peut réécrire !

Nous ne sommes pas expert non plus en graphologie, mais en examinant l’acte de naissance le nom de la mère qui serait « falsifié » semble bien écrit par la même personne que le reste de l’acte. Ce qui ne semble pas très cohérent avec l’idée d’une falsification !

Pour enfoncer un peu plus le jeune garçon le mémoire en défense de la préfecture dit :

Que comprendre ? Le 22 octobre 2020, quelques jours après l’expertise qui a été rédigée le 5 octobre 2020, le jeune garçon est convoqué par la PAF. Nous n’avons pas pu consulter cette PJ 20 qui doit être le PV d’audition. En revanche, il est dit que c’est à la page 1 de cette PJ 20 qu’est écrit SAKHO et non SACKO. Si il s’agit bien du PV d’audition cela correspond à la page où l’on décline son identité. Est ce D qui a écrit le nom sur une feuille ? L’a-t-il épelé ? La remarque finale du préfet est totalement injustifiée et décalée : à ce moment-là, D était en plein apprentissage du français (à son arrivée il ne savait ni lire, ni écrire !) et souffre de troubles cognitifs ( ce que n’ignorait pas le préfet!). En revanche, lors de sa deuxième audition à la PAF le 9 mars 2021 (PV que nous avons pu consulter) le nom de sa mère est bien écrit SACKO !

Alors pourquoi ces deux orthographes ?

Un peu de recherche sur internet ( https://originenom.com/origine-du-nom/sacko/?utm_source=chatgpt.com ou https://www.geneanet.org/nom-de-famille/SACKO )montre que ce nom est d’origine Soninké, donc la mère de D doit être Soninké et son père Bambara puisque lui se définit comme Bambara. En revanche il peut y avoir plusieurs orthographes (ce sont des langues orales!) : Sacko, Sakho, Saco ou Sacco… qui peuvent être différentes entre le Soninké et le Bambara. On a aussi Saxo en Soninké ! Il y a donc plusieurs orthographes et l’officier d’état civil d’un centre secondaire ( cf les dysfonctionnements) mal formé et malhabile à l’écriture a pu tout aussi bien rectifier pour que les orthographes soient concordantes ! D’ailleurs l’expertise montre que pour l’extrait d’acte de naissance il y a bien des lettres visibles sous le nom de la mère, mais une seule est réellement lisible ( nous avons vérifié en grossissant le document ) fléchée par l’expert et il s’agit d’un  » O » . Ce qui tend donc à montrer que c’est bien l’orthographe qui a été corrigé ! Il y a bien à nouveau un détournement des cultures maliennes pour faire dire en toute mauvaise foi qu’il ne s’agirait peut-être pas de sa mère.

Pour info, l’auteur de ce mémoire a sa mère qui s’appelle Esmiller, originaire de l’Est. Entre la génération de son père et de son grand-père son nom a connu dans les papiers officiels pas moins de 12 orthographes différentes !

Comment comprendre ? Pour cela il nous faut à nouveau nous plonger dans le code de la famille Code de la famille 2011

Tout d’abord les articles 31 et 32 nous informent que :

Situation très fréquente au Mali et qui correspond à D qui n’a pas connu son père décédé quand il était très jeune.

Le Code de la famille prévoit les corrections en cas d’erreurs, c’est la

SOUS SECTION III : DE L’ANNULATION, DE LA RECTIFICATION DES ACTES ERRONES

Les articles 140, 141, 142 donnent quelques précisions. Ils font la distinction entre des erreurs matérielles simples ( ce qui peut être une faute d’orthographe, des dates inversées…) et des erreurs substantielles qui nécessitent une refonte de l’état civil. Pour les erreurs substantielles il faut passer par un jugement rectificatif, c’est à dire par le tribunal. Pour les erreurs mineures l’officier d’état civil peut les corriger. Il y a donc deux types de rectification : judiciaire par les tribunaux et administratives directement par l’officier d’état civil.

Les erreurs mineures sont très fréquentes ( voire partie dysfonctionnement de l’état civil ) et elles ne posent absolument aucun problème au Mali. Quand ils faut les corriger, notamment dans les villages, la pratique se fait à l’amiable avec l’officier d’état civil qui corrige le registre et délivre un nouveau volet 3 ou corrige directement sur le volet 3. Très souvent les jugements rectificatifs ne sont pas demandés pour plusieurs raisons :

  • l’officier d’état civil ( cf dysfonctionnement : des centres n’ont mêmes pas les codes de la famille, les officiers ne les lisent pas, ils sont en français…) et les familles ignorent la nécessité d’un jugement rectificatif
  • Les coûts au tribunal sont élevés ( frais divers, déplacement, temps…) ce qui dissuadent les familles précaires.

Un autre cas rencontré, totalement différent, est la contestation de l’authenticité de l’état civil parce que le déclarant est le père au moment de la reconstitution de l’acte, alors que la personne dit que son père est décédé ! Là aussi il faut savoir que cela fait partie des coutumes maliennes de donner le nom du père comme déclarant même s’il est décédé. D’ailleurs c’est ce que dit la cours administrative de Nancy dans la lecture de son jugement du 31 décembre 2024 (Cour Administrative d’Appel de Nancy N° 23NC02354)

Arrêt Nancy